« 2008-05 | Page d'accueil | 2008-05 »

lundi, 05 mai 2008

Justice pour les victimes de l'amiante !

 

1819852038.jpg

 

La justice environnementale a-t-elle les moyens nécessaires pour remplir sa mission ? Poser la question équivaut d'emblée à tracer les contours de la réponse.

 

Parallèlement à la manifestation de l'association régionale de défense des victimes de l’amiante tenue hier en début d’après-midi à Lille relative aux indemnisations au titre de la faute inexcusable, les dossiers instruits sur le scandale de l’amiante revinrent eux aussi sur le devant de la scène.

 

Il serait aisé pour certains de restreindre la question de l’amiante à celle des indemnisations versées sous différentes formes que ce soit l’allocation-amiante, le fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante ou les indemnités au titre de la faute inexcusable.

 

Or ce n’est pas parce qu’il y ait le versement de réparations financières en raison du préjudice subi que la recherche des responsables de ce scandale soit abandonnée car les projections tablent sur 100 000 décès dans les années à venir dus à l’exposition à cette fibre cancérigène qu’est l’amiante.

 

L’étendue du désastre est très large pour ce qui est du cadre national de l'université de Jussieu, de l’usine de Condé-sur-Noireau (Calvados) ou des dockers du port autonome de Dunkerque.

 

Plusieurs ouvrages ont montré l’étendue de la catastrophe sanitaire principalement l’ouvrage d’Emmanuel Henry titré Amiante : un scandale improbable. Sociologie d'un probléme public.  

 

Ce scandale est sans doute la plus grosse affaire de santé publique des dernières années en raison notamment de la quarantaine dossiers, dans lesquels on retrouve plus de 300 parties civiles, en cours d’instruction au sein du pôle de santé publique du tribunal de Grande instance de Paris, créé en 2003.

 

Tous ces dossiers judiciaires en commun d’avoir  démarré avec le dépôt de plaintes de la part des victimes ou de leurs familles mais les moyens matériels sont faibles au point que l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur une réelle volonté des pouvoirs publics de parvenir au bout et sur la pertinence d'une structure apparaissant en trompe l'oeil.

 

Le nombre de victimes potentielles - comme celui des responsables - pose problème. Les instructions en cours éclairent les carences de l'Etat et des employeurs, mais aussi les agissements du lobby de l'amiante et le rôle équivoque de certains médecins du travail. Les difficultés ne manquent pas, les faits remontant parfois à trente ou quarante ans.

 

La plupart de ces affaires sont instruites par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, magistrate tenace qui a élucidé les scandales du sang contaminé et de l'hormone de croissance, et a contribué à la création du pôle judiciaire de santé publique de Paris.

 

Dans une interview diffusée le week-end dernier dans le journal du dimanche au titre éloquent "Il faut doubler le nombre d'enquêteurs", la magistrate a fait état du peu de moyens, pas du tout à la hauteur des enjeux, dont elle disposait pour mener à bien sa tâche. Beaucoup de plaignants risquent, en effet, de décéder avant le procès.

 

Affaire à suivre.

 

post-scriptum : la photo faisant illustration de cette présente note de blog est tirée d'un reportage de Nadia Gonzague intitulée La vallée de l'amiante.