mercredi, 14 janvier 2009
Lettre ouverte au sous-préfet de Dunkerque

Dans la Voix du Nord de dimanche 11 janvier, la parole était laissée, comme de coutume en début de chaque année, au principal représentant de l'Etat dans l'arrondissement de Dunkerque, à savoir le sous-préfet.
Est ainsi clairement mis en exergue dans le titre de l'article le fil conducteur de ses propos à savoir que "Les maires qui accueillent les migrants sont hors-la-loi".
Au regard de cette partie sensible de l'interview, un courrier a été remis hier au sous préfet qui fut signé par la Ligue des droits de l'homme, le MRAP et les Verts.
Cette "Lettre ouverte à M. J-R Borius, sous-préfet de Dunkerque" fut publiée dans l'édition de ce jour de La Voix du Nord.
LETTRE OUVERTE A M. J-R BORIUS, SOUS-PREFET DE DUNKERQUE
« Les maires qui accueillent les migrants sont hors la loi » : tels sont les propos que vous avez tenus lors de l’interview que vous avez donnée aux journalistes de « La Voix du Nord » (journal du dimanche 11 janvier).
Nos associations, qui assistent les migrants depuis de nombreux mois, félicitent chaleureusement les maires de Steenvoorde, Grande-Synthe, Loon-Plage et Téteghem qui, de façon responsable et courageuse, ont offert aux migrants de passage sur notre littoral un abri pour résister à la vague de froid intense qui s’est abattue depuis plus de quinze jours sur notre littoral. Parce qu’ils ont répondu à l’appel pressant que nos associations leur ont adressé, ils ont très certainement évité que ces personnes, parmi lesquelles on compte des femmes et des enfants, risquent la mort sous des abris de fortune.
Faut-il en effet vous rappeler, Monsieur le Représentant de l’Etat français, que l’article 223-6 du code pénal indique que « quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui et pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne, s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende. »
Pour être plus clair encore, précisons que l’article 121-1 de ce même code pénal précise qu’il y a délit « en cas de manquement à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, s’il est établi que l’auteur des faits n’a pas accompli les diligences normales, compte tenu, le cas échéant, de la nature de ses missions ou de ses fonctions, de ses compétences, ainsi que du pouvoir et des moyens dont il disposait. »
Plutôt que de menacer de façon à peine voilée les élus qui ont agi de manière humanitaire, vous devriez vous féliciter, Monsieur le Sous-Préfet, comme d’ailleurs les maires qui concrètement se sont alignés sur votre position, que l’on n’ait pas eu de victimes à déplorer. Si cela avait été le cas, sachez que nous n’aurions pas manqué de déposer plainte à votre encontre, quitte à recourir éventuellement à la Justice européenne.
Permettez-nous également de réfuter vos propos, entre autres, quand vous déclarez que « de telles initiatives feraient « croire qu’il est aisé d’entrer sur le territoire de manière illégale ». La mise en place d’équipements sommaires d’accueil n’a jamais constitué le fameux « appel d’air » inventé de toutes pièces par les fossoyeurs de Sangatte.
Si, comme vous l’indiquez vous-mêmes, le nombre de migrants ne cesse de croître d’année en année – preuve s’il en est que la fermeture de Sangatte n’a rien résolu -, c’est tout simplement parce que ces personnes à la recherche de sécurité et de conditions de vie acceptables fuient des pays en proie à la guerre, à la violence quotidienne.
Présentes, elles, sur le terrain, nos associations savent que les Afghans, les Irakiens, les Kurdes, les Soudanais, les Iraniens, les Palestiniens qui transitent par le littoral, n’ont pas quitté leur pays sur un coup de tête, mais qu’ils exercent tout simplement le droit à se déplacer libement, droit inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont la France est, jusqu’à preuve du contraire, signataire.
Quant au fait de savoir si ces installations doivent ou non « perdurer dans le temps », une connaissance élémentaire du terrain vous ferait comprendre que quelques journées consécutives de pluie ont, pour ces personnes démunies, des effets aussi catastrophiques qu’une seule journée de grand froid.
Quoi qu’il en soit, par la présente, nous vous faisons part, Monsieur le Sous-Préfet, de notre ferme intention de continuer de nous battre sur le plan du droit, tel que défini dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Post-scriptum : la photo illustrant la présente note de blog représente le montage d'un chapiteau à Loon-Plage pour les migrants. Elle est issue d'un reportage de Julien Brygo intitulé "Réfugiés givrés à Dunkerque" diffusé le 5 Janvier dernier sur le site Basta.
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Commentaires
j'apprécie beaucoup ton article ou plus exactement la tlettre ouverte à Monsieur le Sous préfet.
Ecrit par : gérard | jeudi, 15 janvier 2009
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